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Memnon

Colosses de Memnon

Les colosses de Memnon sont deux sculptures de pierre monumentales situées sur la rive occidentale de Thèbes (Égypte), sur la route qui mène à la nécropole thébaine. Ils sont les derniers vestiges du gigantesque temple des millions d’années d’Amenhotep III, construit durant la XVIIIe dynastie, qui n’existe plus de nos jours. Ils sont situés au lieu-dit Kôm el-Hettan.
Temple d’Amenhotep III
Les deux statues colossales se dressaient sur le parvis du temple des millions d’années d’Amenhotep III qui était alors le plus grand ensemble cultuel de la rive ouest de Thèbes. La taille de ces deux colosses laisse imaginer à quelle dimension fut pensée et réalisée cette entreprise par Amenhotep fils de Hapou, architecte du roi.

Statues

Colosse sud
Colosse nord
Les deux colosses représentent le pharaon assis sur le trône de ses ancêtres, les mains posées sur les genoux ; de chaque côté de ses jambes sont figurées sa mère, Moutemouia, et son épouse, Tiyi. Sur les deux côtés du trône figure une représentation symbolique de l’union de la Haute-Égypte et de la Basse-Égypte, le Sema-Taouy, représenté par deux « Nil » nouant le papyrus et le lotus, symboles du « double pays ».

Contrairement à la plupart des autres monuments égyptiens, ces deux monolithes ne sont faits ni de calcaire, ni de granite, ni de grès, mais bien d’une brèche siliceuse de quartzite, « masse de cailloux agatisés liés entre eux par une pâte d’une dureté remarquable. Cette matière très dense et d’une dureté tout à fait hétérogène offre à la sculpture des difficultés peut-être plus grandes que celles que présente le granit ; cependant les sculpteurs égyptiens en ont triomphé avec le plus grand succès. ».

Les dimensions, prises sur le colosse sud, sont les suivantes :

Hauteur du piédestal : 3,30 m (à moitié enfoncé dans le sol)
Aire du piédestal : 10,5 m × 5,5 m
Hauteur de la statue : 13,97 m
Hauteur totale : 17,27 m
Hauteur totale initiale supposée avec la couronne manquante : 21 m
Masse : piédestal 556 tonnes ; colosse 749 tonnes ; masse totale 1305 tonnes.
Les dimensions, prises sur le colosse nord, sont les suivantes3 :

Hauteur du piédestal : 3,6 m (à moitié enfoncé dans le sol)
Aire du piédestal : 10,5 m × 5,5 m
Hauteur de la statue : 14,76 m
Hauteur totale : 18,36 m
Hauteur totale initiale supposée avec la couronne manquante : 21 m
Masse : piédestal 602 tonnes ; colosse 758 tonnes ; masse totale 1360 tonnes.
Cependant les derniers calculs donnent des résultat plus proches des 1800 tonnes, car ils prennent en compte la densité de la matière (le granite).

Une majorité d’égyptologues admet que les mégalithes ayant servi à façonner ces deux colosses proviennent de la carrière de Gebel el Ahmar, située près du Caire.

Les couches de la roche dont sont extraits les deux colosses sont orientées différemment pour l’un et l’autre. Le colosse du sud voit les couches de son matériau disposées verticalement tandis que celles du colosse du nord le sont horizontalement. Ce fait indique que le premier fut extrait de sa gangue à l’horizontale (couché), tandis que le second le fut à la verticale (dressé).

Des traces très nettes laissées par l’utilisation d’outils ont pu être relevées sur le colosse nord. Les anciens Égyptiens ont donc dû résoudre des problèmes de transport et de génie civil importants afin de mener à bien leur érection : transport fluvial sur une longue distance, érection de masses rocheuses trois fois plus lourdes que les classiques obélisques et façonnage d’un matériau très dur.
Phénomène acoustique
Un séisme a effectivement lieu en -27, un an avant le passage de Strabon ; la statue fissurée est la plus septentrionale, c’est-à-dire celle de droite lorsque l’on regarde les colosses de face. Une légende persistante voudra néanmoins que la statue ait été détruite par le roi achéménide Cambyse II, célèbre pour son impiété6.

Strabon ajoute que depuis lors, selon une légende locale, la statue se met à « chanter » au lever du soleil et témoigne avoir entendu lui-même le phénomène. Il décrit le son produit comme « un bruit analogue à celui que produirait un petit coup sec » mais se montre circonspect quant à son origine. Devenue une véritable curiosité, la statue est ensuite mentionnée par Pline l’Ancien7, Tacite, qui parle du « son d’une voix humaine » ou encore Pausanias, qui évoque le son d’« une corde de cithare ou de lyre qui se rompt ».

Ce phénomène est interprété par les Anciens comme le cri de Memnon, héros de la guerre de Troie, accueillant sa mère, l’Aurore. Pausanias explique :

« On lui donne généralement le nom de Memnon, qui étant, dit-on, parti de l’Éthiopie avec une armée, traversa l’Égypte et s’avança jusqu’à Suse. Mais les Thébains ne veulent pas que cette statue soit Memnon, et ils y voient Phaménophis [Aménophis III], Égyptien. J’ai aussi entendu dire qu’elle représente Sésostris. »
— Extrait de la traduction de M. Clavier.

Pèlerinages

Le colosse devient rapidement un lieu de pèlerinage pour les Grecs et les Romains, qui viennent en nombre entendre l’oracle de Memnon. C’est aussi une curiosité touristique, au même titre que les pyramides. Les visiteurs ont l’habitude d’y laisser un graffiti, comprenant généralement la mention « audi Memnonem » (« j’ai entendu Memnon »), ainsi que leur nom et la date de leur passage.

Le colosse reçoit trois visites impériales. La première a lieu en 130, dans le cadre du grand voyage en Égypte d’Hadrien ; elle est relatée dans quatre épigrammes de Julia Balbilla, poétesse et membre de l’escorte de l’impératrice Vibia Sabina16. Remontant le Nil, l’empereur et sa suite assistent le 19 novembre au lever du soleil sur la plaine de Thèbes ; à l’embarras général, la statue ne chante pas et Hadrien doit revenir une seconde fois le lendemain pour assister au phénomène. Au IIIe siècle, l’empereur romain Septime Sévère, voulant honorer la divinité qui se manifeste ainsi chaque matin, ordonne la restauration de la statue, qui depuis cesse de chanter.